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 La dette des banquiers

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Albéricneirret
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Albéricneirret

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MessageSujet: La dette des banquiers   La dette des banquiers Icon_minitimeLun 01 Déc 2008, 17:31

LA DETTE DES BANQUIERS
« Les Echos » du 10/11/08


Article de Nicolas BARRE

Accusés banquiers, levez-vous !

De toute part, et pas seulement en France, la colère monte contre le monde bancaire, contre ces « financiers sans visage » qui resserrent le crédit alors que la crise frappe à la porte des ménages et des entreprises. Depuis que la banque existe, les banquiers ont certes pris l'habitude de servir de boucs émissaires. La colère dont ils sont la cible est un classique de l'histoire - un classique d'ailleurs souvent tragique. Mais cette colère est d'autant plus forte aujourd'hui que le public découvre avec effarement l'étendue de certaines pratiques bancaires et, pour n'en citer qu'une, le montant des bonus octroyés, cette année encore, aux plus privilégiés de la profession : encore quelques dizaines, oui dizaines, de milliards de dollars. Il y a dans cette charge contre les banquiers un parfum de « classe contre classe » qui donne à l'affaire une couleur rarement vue à notre époque, celle d'une révolte.

Les banquiers méritent-ils une telle indignité ? Dans un climat aussi passionné, il est utile de rappeler quelques faits. Les derniers chiffres publiés par la Banque de France indiquent que, jusqu'en septembre, les banques ont maintenu leurs niveaux de prêts aux entreprises. Elles se sont d'ailleurs engagées à ce que les crédits progressent de 3 à 4 % sur l'année et l'Etat, aidé par l'armée du corps préfectoral et des trésoriers-payeurs généraux, y veille comme l'usurier couve son débiteur. Mais la même étude indique aussi que les banques, dans leur immense majorité, durcissent considérablement leurs conditions de prêts : elles prêtent des sommes moins élevées, moins longtemps, en réclamant plus de garanties. Et, faut-il s'en étonner, elles ne s'en portent pas plus mal : au moment où tous leurs clients ou presque s'enfoncent dans la crise, leurs marges bénéficiaires progressent !

D'où les questions. Pourquoi avoir aidé les banques si celles-ci serrent la vis ? Où sont les fameuses contreparties ? Que vaut le « pacte moral » conclu entre la collectivité et la profession bancaire lors du vote du plan de soutien de 360 milliards d'euros ? On le sait, l'intervention des Etats, en France comme ailleurs, visait à éviter un blocage total du système bancaire, donc une paralysie complète du financement de l'économie. Le pire a été évité. Mais après ? Critiquées pour avoir multiplié les crédits à risques, les banques le sont donc aujourd'hui pour leur frilosité excessive. L'exaspération de dizaines de milliers d'entreprises et de particuliers est palpable. Les refus de prêts se multiplient ? Le médiateur du crédit récemment désigné aura la lourde tâche de distinguer ce qui, en période de crise économique, relève de la prudence légitime du banquier ou de la défiance injustifiée.

Il faut se garder de tout jugement hâtif. Mais, en spécialistes de la chose, les banquiers ne sauraient oublier la dette qu'ils ont souscrite auprès de la collectivité pour les aider à traverser la crise. Sans quoi, l'Etat ne sera plus seulement tenté d'entrer au capital des banques : il le fera. Et l'expérience prouve qu'il est piètre banquier.
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